Joseph Haydn (1732-1809) – Les Saisons (1801)


"Un silencieux recueillement, la surprise et un vibrant enthousiasme, tels furent les sentiments qui s'emparèrent tour à tour des auditeurs ; la puissance expressive des visions colossales et l'abondance inouïe des idées géniales les plongèrent dans la stupéfaction et dépassèrent tout ce qu'avaient pu concevoir l'imagination la plus hardie." C'est ainsi que la Allgemeine Zeitung de Leizig salue la première audition privée des
Saisons en avril 1801.

Haydn a près de 70 ans. Il a fait récemment deux longs séjours en Angleterre, où il a été littéralement adulé, et où il a pu entendre la musique de Haendel. À son retour, il s'est essayé à l'oratorio, un genre nouveau pour lui, et a écrit
la Création. S'il en était encore besoin, cette oeuvre, jouée à travers toute l'Europe, lui apporte définitivement la gloire.

Malgré sa santé déclinante, il mobilise ses forces pour produire, trois ans plus tard, un autre oratorio,
les Saisons. Les deux oeuvres ne cesseront d'exercer un grand attrait, tant auprès de la Cour que d'un public plus populaire.

Vers 1730, le poète écossais James Thomson avait publié un long poème intitulé
les Saisons, répondant au goût nouveau pour le rustique et la vie pastorale. "Les gens commencèrent à jeter sur la campagne un regard neuf et à découvrir du beau et du sublime là où auparavant ils n'avaient vu que grossièreté."

C'est ce poème, décrivant la Nature et la vie paysanne, que Van Swieten va adapter pour Haydn.

Le compositeur est lui-même issu d'un milieu modeste et campagnard. De plus, il a passé vingt-cinq ans de sa vie au château des Esterhazy, construit en pleine campagne, où il a sûrement eu l'occasion d'assister à des danses paysannes, des fêtes populaires et des scènes de chasse.

Il est profondément croyant, sans doute ni scepticisme. Le monde lui semble d'une beauté merveilleuse et pleine d'agréments. Robuste et plein de vitalité, il restera toujours affable, modeste et simple. Tous traits de caractères qu'on retrouve dans
les Saisons, qui "sont à la fois la première grande oeuvre du 19e siècle ... , et le bilan de toute la carrière de Haydn".

"Comme dans
la Création, trois solistes s'opposent à la masse chorale : Simon, un fermier (basse), Hanne, sa fille (soprano), et Lukas, un jeune paysan (ténor). Mais ils ne deviennent que très rarement de véritables personnages, car il n'y a pas d'action suivie, mais pour l'essentiel une série de descriptions de nature et d'expressions de sentiments."

Nous assistons au déroulement des saisons, en une succession de 44 tableaux.

Le printemps, c'est l'adieu à l'hiver, le réveil de la nature, les semailles, l'attente et l'arrivée de la pluie bienfaisante, la joie des paysans et des animaux, et le chant de louange au Créateur.

L'été est dépeint comme une journée : l'aube, le berger qui rassemble son troupeau, le lever du soleil, la moisson, la chaleur de midi, la torpeur de l'après-midi, suivie d'un terrible orage, puis l'apaisement du soir et le repos.

À l'automne, le paysan heureux récolte le fruit de son labeur, les jeunes gens se font la cour en plaisantant, et Lukas et Hanne chantent leur amour fidèle. Les joyeux paysans abattent l'oiseau et le lièvre, tandis que la chasse à courre fait sonner le cor dans la forêt. Le vin coule à flot et filles et garçons se lèvent pour danser.

En hiver, la lumière et la vie se retirent. Le froid, le brouillard et la neige recouvrent tout, et le voyageur épuisé s'est égaré. Mais les villageois sont au chaud à l'intérieur. Les femmes et les filles chantent en filant, on se raconte des histoires et on se moque d'un gentilhomme.

Le cycle des
Saisons se referme, comme le parcours de la vie de l'homme au seuil de la mort. L'homme contemple sa vie presque terminée, et aspire au repos éternel. Le grand choeur final chante : "une félicité sans fin sera la récompense des justes".



D'après Joseph Haydn de Marc Vignal, Fayard, 1989



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