|
||||||
|
Claudio MONTEVERDI (1567-1643), les Vêpres de la Vierge Né en 1567 à Crémone, la patrie du violon, ce fils de médecin reçoit une éducation très soignée. Très doué pour la musique, il étudie avec Marcantonio Ingegneri, maître de chapelle à la cathédrale de Crémone, qui a une grande influence sur lui. En 1582, à peine âgé de quinze ans, il fait publier son premier recueil, les Sacrae cantiunculae. Son premier livre de madrigaux paraît en 1587 et marque le véritable début de la carrière publique du musicien, sagissant de la première uvre qui ne se ressent plus de linfluence dIngegneri, mais laisse parler un style entièrement personnel. Grâce à la protection dun noble milanais, Monteverdi obtient en 1590 un poste de violiste et chanteur à la cour du duc Vincent de Gonzague à Mantoue. Il devient bientôt directeur de la musique ducale et épouse la fille dun musicien de la Cour. Il suit le duc en Hongrie dans une expédition militaire contre les Turcs. Un nouveau voyage le mène en 1597 dans les Flandres où il découvre les grands maîtres de la musique franco-flamande. De retour à Mantoue, et malgré les attaques de ses rivaux qui lui reprochent la «modernité» de son style, il devient maître de la musique du duc en 1601. Malgré ses occupations absorbantes, il trouve le temps de composer encore durant cette période quatre nouveaux livres de madrigaux (du IIe au Ve). Revenu dans sa ville natale avec, pour tout bagage, «vingt écus après vingt et un ans de service», Monteverdi ne tarde pas à briguer la charge, glorieuse entre toutes, de maître de chapelle à Saint-Marc de Venise, charge quil obtient en 1613. A quarante-six ans, il connaît enfin laisance matérielle avec la célébrité et passera dans la Sérénissime les années les plus heureuses et les plus fécondes de sa vie. Il y cultive donc abondamment la musique sacrée, tout en continuant à faire évoluer le genre du madrigal, en témoignent ses VIe, VIIe et VIIIe Livres parus entre 1614 et 1638. Touché par la mort de lun de ses fils, emporté par lépidémie de peste qui ravage Venise en 1631, Monteverdi entre dans les ordres lannée suivante. Il poursuit cependant sa carrière de musicien de théâtre, composant encore trois ouvrages lyriques : Adone (1639), Le Retour DUlysse (1641) et surtout le chef-d'uvre, Le couronnement de Poppée (1642). Après un ultime voyage à Crémone et Mantoue, il meurt, en 1643, à Venise qui lui offre des funérailles grandioses. Néanmoins, sa musique ne tarde pas à sombrer dans loubli, et cest au compositeur italien Gian Francesco Malipiero que lon doit la vraie résurrection de cette uvre immense, dans la première moitié du XXe siècle. A propos des Vêpres Loeuvre que lon connaît sous le titre de Vêpres de la Vierge fait donc partie dun recueil dédié au pape Paul V, publié à Venise en 1610, et qui contient également une messe. A cette époque, Monteverdi a déjà publié cinq livres de madrigaux, ses Scherzi musicali et surtout son opéra Orfeo. On peut dire que le rôle que les voix solistes et les instruments vont jouer dans les Vêpres, ainsi que le style dramatique utilisé par Monteverdi, sont issus de lOrfeo. Les Vêpres représentent par conséquent un éventail des acquisitions techniques de leur auteur. Monteverdi y abandonne le stile antico hérité de Palestrina au profit du stile nuovo que lEglise continuait à combattre, sopposant à lintrusion de lart profane, et particulièrement du théâtre, dans le cadre de la musique sacrée, car le nouveau style de la monodie accompagnée avait envahi la musique déglise. Dès lors, Monteverdi simpose comme le principal artisan, artisan révolutionnaire, dun bouleversement radical du langage musical. Dans les Vêpres, Monteverdi brise le cadre stylistique habituel de toute composition religieuse et, riche de lexpérience toute neuve de lOrfeo, il adopte les tournures de lopéra et les combinaisons instrumentales conçues par lécole vénitienne, plus particulièrement par Andrea et Giovanni Gabrieli. Car les Vêpres sont conformes au type de compositions sacrées que lon interprétait alors à Saint-Marc de Venise. Mais Monteverdi a écrit son uvre pour lorchestre, les solistes et les churs de Mantoue, les créateurs de lOrfeo trois ans auparavant. Notes daprès Edmond Lemaître dans Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard |
||||||