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Le Gloria de Poulenc : quand les anges tirent la langue Amoureux de la vie, malicieux, bon enfant, tendre et impertinent, mélancolique et sereinement mystique, à la fois moine et mauvais garçon : tous ceux qui ont connu Poulenc soulignent la duplicité affective et artistique du personnage. Lui-même parle souvent de sa double hérédité : parisien par sa mère, montagnard et méditerranéen par son père. Il commence sa vie dans linsouciance. Il naît à Paris en 1899 dans une famille bourgeoise, des mélomanes chez qui les artistes ont toujours droit de cité. A 14 ans, il joue au piano Schoenberg, Bartok, Stravinsky, Ravel, Debussy. Très jeune, il rencontre Satie, Ravel, Prokofiev, Stravinsky, Eluard, Apollinaire, Cocteau. Il a 18 ans quand sa première uvre est donnée, et il connaît immédiatement un succès qui ne se démentira jamais. Mais il faudra longtemps cependant pour quil se défasse de sa réputation de compositeur superficiel et léger. Léducation religieuse a tenu une grande place dans son enfance, mais il ne retrouvera la foi quen 1936, une foi de curé de campagne, dira-t-il lui-même. Cet été-là, il visite le sanctuaire de la Vierge Noire de Rocamadour et il en sort profondément changé, assurément touché par la grâce. Il compose alors sa première uvre religieuse, les Litanies à la Vierge Noire. En 1959 Poulenc a 60 ans. Il vient de terminer deux grandes uvres : le Dialogue des carmélites et la Voix humaine. Les années de composition, la lourdeur des sujets, les affres de sa vie sentimentale, lont atteint et le laisse très déprimé : je suis moins que bien, mais mhabitue à langoisse et à la tristesse. Quand donc écrirai-je de la musique gaie demande-t-il ? Il se met au travail en réponse à une commande. Je viens de mettre en chantier un Gloria pour chur, un soliste et orchestre, dans le style (mots répétés en tous sens) de Vivaldi. Le latin permet ce genre de macaroni filant. Même dans ses périodes noires, Poulenc ne perd jamais sa verve Le Gloria ne fait pas partie de lordinaire dune messe mais forme un tout en soi. On y retrouve toutes les facettes du personnage et du compositeur Poulenc : jubilation, malice, tendresse, mélancolie, lyrisme, méditation sérénité Jaime que lesprit religieux sexprime clairement au soleil avec le même réalisme que celui que nous voyons aux chapiteaux romans, dit-il. Le Gloria fut créé en 1961 à Boston puis à Paris. Sil est aujourdhui luvre religieuse la plus populaire de Poulenc, à lépoque il na pas toujours été compris : la deuxième partie a fait scandale, je me demande pourquoi. Jai pensé simplement, en lécrivant, à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue. Et aussi à ces graves bénédictins que jai vus un jour jouer au football. |
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