Anton Dvorák (1841-1904) - Messe en ré majeur (Op. 86)
Lorsqu'il se lance dans la composition de la Messe en ré majeur, Anton Dvorák répond à une commande privée du mécène Josef Hlávka, architecte, fondateur et président de l'Académie tchèque des sciences et des arts, pour la consécration de la chapelle de son château de Luzany, qui doit avoir lieu le 11 septembre 1887. A cette époque, l'oeuvre de Dvorák comporte déjà plusieurs pièces sacrées (dont, notamment, le Stabat Mater et le Psaume 149), mais aucune autre messe ne parviendra jusqu'à nous.
Dvorák réalise sa commande en trois semaines, entre mars et avril 1887, et, dans sa lettre de dédicace à Hlávka, la caractérise en ces termes : "Elle pourrait s'appeler Foi, Espérance et Amour du dieu tout-puissant, et action de grâces parce que j'ai pu achever cette oeuvre à la gloire de l'Eternel et de l'Art. Ne soyez pas surpris de ma dévotion. Seul un artiste dévot peut engendrer une oeuvre de cette sorte. Bach, Beethoven, Raphaël et beaucoup d'autres en sont la preuve. Mais c'est vous-même également que je dois remercier de m'avoir incité à écrire une oeuvre de cette forme, car autrement je n'y aurais probablement jamais pensé. Jusqu'à maintenant en effet, toutes mes autres oeuvres de ce genre avaient de grandes dimensions et utilisaient de grands moyens. Cette fois-ci, cependant, je me suis servi de moyens réduits, et pourtant j'ose dire que j'ai réussi".
Si les moyens en sont réduits, c'est qu'à l'origine la Messe est conçue pour choeur mixte et orgue, n'introduisant que de rares moments solistes au fil des six sections qui la composent - Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus dei. Elle illustre cependant parfaitement la synthèse que le compositeur a su opérer entre la musique sacrée et le sentiment populaire tchèque qui l'anime. Cinq ans après la création de la Messe sous la direction du compositeur lui-même, l'éditeur londonien de Dvorák décida d'en proposer la publication, dans une version orchestrale toutefois qui fut créée au Crystal Palace, à Londres, le 11 mars 1893, ouvrant la voie à la diffusion anglo-saxonne de l'oeuvre qui s'étendit, en 1894 déjà, à New York, Minneapolis, et la Nouvelle-Orléans.
Notes d'après Guy Erismann, Antonín Dvorák, Editions Seghers, 1966; Claire Delamarche, dans Guide de la musique sacrée et chorale profane, de 1750 à nos jours, Librairie Fayard, 1993.