|
||||||
|
Johann Sebastien BACH (1685 - 1750)
Lorsquil arrive à Leipzig le 1er juin 1723, Bach a déjà une longue carrière musicale derrière lui. Sa lourde charge consiste à alimenter en musique les deux principales églises de Saint-Thomas et Saint-Nicolas, de superviser lensemble des manifestations musicales de la ville, de faire copier la musique, dorganiser les répétitions mais aussi denseigner aux élèves de la Thomasschule. De plus, il prend la direction du Collegium musicum de Leipzig (fondé par Telemann) en 1729. Malgré les nombreux différends qui lopposent à ses supérieurs municipaux, il remplit à merveille sa mission vingt-sept années durant. Au faîte de sa puissance créatrice, il constitue dabord son répertoire déglise représentant cinq cycles de cantates et compose le Magnificat (1723), la Passion selon saint Jean (1724) et la Passion selon saint Matthieu (1727). En 1733, lElecteur de Saxe lui donne loccasion décrire sa Messe en si mineur. En tant que cantor de Saint-Thomas Bach a donc pour tâche dorganiser les programmes de musique sacrée lors des offices religieux des dimanches et jours de fête dans les deux principales églises de Leipzig. Il est en outre astreint de chanter avec les élèves de la Thomasschule lors des enterrements et il lui incombe alors de choisir les oeuvres appropriées. Fidèle à la tradition, Bach choisit le plus souvent des compositions dans le Florilegium portense, un recueil imprimé de motets. Néanmoins, si la famille du défunt demande des passages précis de la Bible pour la musique denterrement, Bach doit composer et faire étudier un nouveau motet en un délai relativement court. Cinq des six motets qui nous sont parvenus sont des commandes. Le motet allemand se caractérise par son exécution a cappella. Au XVIIIe siècle, cette austérité loppose au motet français et italien, conçus dans un style concertant. Au moment où Bach compose les siens, il y a longtemps que lon considère le genre comme un vestige de lécriture archaïque. Le motet à cinq voix Jesu, meine Freude (Jésus, ma joie) BWV 227 se distingue des motets à double choeur, surtout par sa structure formelle. Bach y associe les versets du chapitre 8 de lEpître aux Romains et les strophes du célèbre chant déglise Jesu, meine Freude de Johann Franck de telle manière que strophes du choral et versets de la Bible alternent dans des mouvements décriture très différente. Bien plus que dans les autres motets, le style de composition de celui-ci est caractérisé par des figures de rhétorique musicale. Lexégèse des textes à laide de figures musicales traduisant métaphores ou affects révèle en Bach un «musicus poeticus» profond, soucieux démouvoir, de délecter et dinstruire lauditeur, dans la pure tradition de la musique ancienne. Les cantates religieuses se placent au centre de la production vocale du compositeur; oratorios, passions et motets doivent beaucoup à ce genre. A Leipzig, Bach constitue cinq cycles de cantates pour tous les dimanches et jours de fête de lannée liturgique qui en comprend une soixantaine. Il laisse donc 300 oeuvres dont un tiers est perdu. Ce nombre important ne revêt aucun caractère exceptionnel face aux 1 500 cantates de Telemann ou aux 2 000 oeuvres similaires de Johann Philipp Krieger. Sur les quelques 200 cantates qui nous sont parvenues, très peu ont été datées par le musicien. Le problème de datation se complique encore lorsque lon sait que la plupart des oeuvres antérieures à 1723 ont été remaniées à Leipzig et que de nombreuses versions originales restent aujourdhui introuvables. Le texte représente le fondement de la cantate sacrée allemande, la musique nen est que le véhicule. Il est toujours en relation avec les lectures du jour de lannée liturgique dont il paraphrase et commente le message. Cela fait quune cantate ne peut être réutilisée, au plutôt, que lannée suivante, pour la même solennité. Il était de tradition quun texte de cantate fût composé déléments provenant de sources diverses : passages bibliques paraphrasés ou non, libres poésies prenant parfois lapparence dun sermon, strophes de choral. Loffice luthérien se compose de deux parties principales : lune textuelle, lautre eucharistique. La première trouve son apogée dans le sermon, la seconde dans la communion. Lensemble de la liturgie est soutenu par la musique. La cantate sexécute entre la lecture des évangiles et le sermon. Les pièces les plus longues sarticulent en deux parties; elles encadrent alors ce sermon. La cantate Ich habe genug (BWV 82) (Jen ai assez) a été créée le 2 février 1727 à Leipzig. Bach remanie loeuvre à plusieurs reprises, la voix soliste sadressant dabord à la basse, puis au soprano, enfin à lalto, et la flûte traversière y remplace le hautbois. Trois faits caractérisent cette superbe cantate : 1) elle nutilise quun soliste; 2) elle est totalement dépourvue de choeur; 3) elle ne se réfère à aucun choral. Le texte exploite continuellement le pronom personnel «ich» (je). Le librettiste inconnu, qui porte un regard sur la mort bienfaitrice, conjugue sa poésie à la première personne du singulier. Cela, lié à leffectif instrumental assez restreint, donne un caractère intimiste à louvrage. Les paroles se rapportent à la présentation de Jésus au temple (Luc 2, 22-30) mais névoque que le vingt-sixième verset qui nous dit que le Saint-Esprit avait révélé à Siméon quil ne mourrait pas avant davoir vu le Christ. Une dernière remarque simpose : le même effectif (au complet) affecte les trois airs de la cantate, cest là un cas unique dans toute loeuvre de Bach. A côté de la gigantesque Messe en si mineur, Bach nous laisse quatre oeuvres répondant à lappellation «missa» (BWV 233-236) ainsi que quelques pièces séparées de lordinaire de la messe. Ces «Messes luthériennes» sen tiennent à lancienne tradition des textes bibliques en latin (langue de lEglise davant la Réforme mais nullement condamnée par Luther), conservée à Leipzig pour les fêtes majeures (Noël, Pâques, Pentecôte) ou secondaires mais pas pour les dimanches ordinaires il ne sagit en aucun cas dun hommage à lEglise romaine mais bien dune pratique pleinement luthérienne. Ces messes sont toutes des «parodies» de cantates allemandes datant des premières années de Leipzig (1723-1726), cantates retravaillées par Bach sans doute vers la fin des années 1730. Chaque messe est constituée de six numéros, un pour le Kyrie, cinq pour le Gloria. La Missa en la majeur (BWV 234) a probablement été composée avant 1742. Elle réutilise des morceaux provenant de cantates écrites entre 1723 et 1726. Notes daprès Hans Joachim Marx, Bach Motets BWV 225-230, Teldec 0630-17430-2, Michel Roubinet, J S Bach Cantates et Messes, Virgin Classics 7243 5 62252 2 0, Edmont Lemaître dans Guide de la Musique sacrée et chorale profane, éd. Fayard |
||||||